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Armand Peugeot et Morgat

Du nord Franche-Comté à l’extrémité de la Bretagne

Lors de son service militaire à Brest, au début des années 1880, un jeune montbéliardais découvre lors d’une permission la presqu’ile de Crozon (Finistère, au sud de Brest) et le ravissant petit port sardinier de Morgat situé à l’abri dans son anse ; son village, ses falaises, ses grottes marines (déjà vantées par Flaubert) et une belle plage de sable fin que longe une terre en grande partie en friche et vierge de toute habitation.  De retour au pays, il fait part de sa découverte à son ami Louis Richard, un voyageur de commerce originaire de Belfort, lointain parent de Léonie épouse d’Armand Peugeot.

Richard va donc en 1883 à Morgat où il excursionne tout en y exerçant son petit commerce de montres et casquettes : à son tour séduit par la beauté du site, il imagine l’intérêt de l’exploiter comme lieu de vacances et de villégiature. A son retour au pays, il en fait part à Armand Peugeot ; tous ceux qui ont connu Armand savaient ‘’qu’il avait un caractère enthousiaste, aimait la nature et était un réalisateur voyant loin dans l’avenir’’.

Ils font aussitôt tous les deux le long voyage ; 16 H de train de Montbéliard à Brest, puis nuit à Brest ; le lendemain ils empruntent un bateau à vapeur assurant la liaison Brest-Châteaulin, en naviguant sur le fleuve l’Aulne (Aon en Breton). Ils accostent au petit port du Fret sur la presqu’ile de Crozon (Kraozon en Breton) pour rejoindre en voiture hippomobile Morgat à 8 km.  Armand est lui aussi conquis par [dit-il] ῍cette nature sauvage et magnifique ῍ et décide donc d’y créer une station balnéaire.

Nos Francs-Comtois vont rester quelques jours sur place, prenant pension à l’hôtel Hervé (le seul à l’époque). Pour acheter des premiers terrains à son compte, Armand contacte Me Pelliet notaire à Crozon, puis son successeur Me Kerven.

Le 5 janvier 1884 est créée à Montbéliard la ῍Sté Louis Richard et Cie῍ : elle est présidée par Richard mais c’est Armand Peugeot en est l’initiateur et le principal actionnaire, accompagné de parents dont Eugène II et son beau-frère Louis Fallot.  La société évolue en Sté de fait puis en Sté civile en 1910 ; elle est alors présidée par Charles Breitling (un magistrat, 1er gendre d’Armand), elle achète d’autres terrains, et construit un premier hôtel, une épicerie et des villas avec le concours des architectes brestois (et protestants) Abel Chabal et son fils Gaston. La première villa construite pour Armand a été la Villa Bellevue située sur l’Avenue de la Mer.

Richard est missionné pour créer l’hôtel de la mer en 1884 qu’il exploitera jusqu’en fin 1895 ; mais Armand reproche alors à l’établissement de n’avoir pas la vue sur la mer et d’en être trop éloigné (il n’en est pourtant en fait qu’à environ 400 m) ! Cet hôtel deviendra donc plus tard l’annexe du ‘’Grand Hôtel de la Mer’’ qu’Armand Peugeot fait édifier par Gaston Chabal en 1908 ꞌꞌles pieds dans l’eauꞌꞌ (le chemin des douaniers passe sur sa terrasse) ; il ne sera terminé qu’en juin 1912.

Lorsque Richard quitte la Société, ses actions sont rachetées par des membres de la famille Kreiss (dont le gendre d’AP, époux de Germaine). Le Grand hôtel de la mer, propriété de la société familiale et longtemps géré par la famille Péchin, est aujourd’hui la propriété d’Atream et du Groupe Belambra. Dans son hall, le ῍Salon Armand Peugeot῍ présente des extraits du récit de Germaine Kreiss (3ème fille d’Armand) publiés en 1966 dans ῍Les cahiers de l’Iroise῍ Bulletin de la Sté d’histoire locale’’; ils racontent la création de Morgat, les voyages en train puis à partir de 1905 en voiture et les séjours familiaux. En 1974, dans ce même bulletin, Raymond Breitling (un petit-fils d’Armand) y évoque également l’action de son grand-père ‘’pour la création d’une station balnéaire et non la réalisation d’une opération immobilière à but lucratif ’’.

Témoignage de la ῍Belle époque῍, le ‘’Grand hôtel de la mer’’ a au fil du temps connu quelques transformations ; par suite d’agrandissements successifs (il passera de 20 à 68 chambres), puis de réparations de dommages consécutifs aux bombardements alliés de septembre 1944, sensés viser la Base aéronavale située à environ 6 km !

Deux maisons de la famille seront aussi touchées lors de ces raids et certaines détruites, dont la nouvelle résidence d’Armand Peugeot (῍Ker Gan Avel῍ datant de 1906) qui sera reconstruite en 1956 par Gaston Chabal. Elle restera dans la descendance d’Armand (coté Breitling) et est située à l’angle du boulevard de la mer et de l’avenue Armand Peugeot.

Après les villas des proches d’Armand, un hôtel et d’autres villas seront bâties au fil des années par des tiers en respectant les règles de lotissement initiées par les Chabal donnant ainsi naissance à ce que l’on peut voir aujourd’hui. Sur un terrain (à côté de la Maison Bellevue d’Armand) acheté à la Sté Richard et Cie par Mr Desmaret (un ami parisien d’Armand Peugeot) est bâtie en 1889 ‘’la maison de fer’’; classée MH elle est avec celle de Poissy la seule maison de ce type encore existante.

Certains descendants d’Armand doivent encore posséder des maisons de vacances à Morgat mais aucun ne se nomme Peugeot, le seul fils d’Armand étant décédé dans sa 13ème année.

Armand ne se contentera pas d’être le bâtisseur de Morgat, il y sera aussi à l’origine de la première motorisation des bateaux de pêche.  Pour ce faire, il s’associe à Tony Hubert (un petit constructeur de moteurs et d’automobiles à Billancourt–sur-Seine) en fondant le 26 novembre 1904 la société « Armand Peugeot–Tony Huber et Cie« . Son objet principal est la construction de moteurs de bateaux (un 4 cylindres de cette gamme figure dans la collection du Musée de L’Aventure Peugeot). Réalisé au chantier du port de Morgat, le premier bateau de pêche à être motorisé (mais qui garde aussi ses voiles) est baptisé ‘’Le Comtois῍ ! Il va également promener les touristes à la découverte des splendides grottes marines.

Armand Peugeot fait aussi à Morgat une autre expérience navale, armer un thonier (῍l’A-raok῍) qui par malheur sombrera après seulement deux sorties en mer !

Décédant le 4 février 1915, Armand aura donc peu profité de Morgat à sa retraite qu’il a prise en juin 1913. Il a laissé un petit fond photographique dont il est l’auteur. Aujourd’hui ce charmant lieu de villégiature est présenté dans les dépliants des Offices de Tourisme de la presqu’île comme « la station balnéaire construite par l’industriel Armand Peugeot » !

Henri  AUGER, pour  L’Aventure Peugeot  –  26/01/2026

En savoir + sur Armand Peugeot, fondateur de l'automobile Peugeot

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